Une des consignes donnée à l'Atelier d'écriture de la bibliothèque d'Abeilhan en 2010.

Pour votre anniversaire, quelqu’un que vous n’avez pas vu depuis longtemps et que vous ne voulez surtout pas vexer, vous a offert le cadeau le plus moche que vous ayez jamais reçu. Décrivez la scène.

Pour mes 29 + 1 ans, j’ai voulu faire une grande fête. Ce n’est pas parce que je refuse d’accepter mon âge que je dois me priver de champagne et de cadeaux ! J’ai donc invité TOUT le monde : copains, voisins, collègues et toute la famille. Plus que prévu d’ailleurs, car ma mère c’était mise en tête que ce serait une occasion de voir arrières petits cousins et autres grandes tantes qu’on n’avait pas vu depuis des lustres.

En bonne hôtesse, je me suis efforcée de me rappeler du nom de tout le monde et de leur place sur l’arbre généalogique. La plupart sont arrivés avec un bouquet, une plante en pot ou une bouteille, quelques uns avaient participé au cadeau commun.

Tante Fernande, elle, est arrivée avec un paquet un peu informe, un peu mou, mais joliment enrubanné.

Tante Fernande est la deuxième femme du demi frère de mon grand-oncle. Une femme qui me fait toujours penser à la Castafiore de Tintin. Grande, forte sans être grasse, des mollets imposants encore mis en valeur par les talons-aiguille de ses chaussures dorées. Un tailleur d’un rose un peu criard. Et une formidable choucroute platine dont nous n’avons jamais su s’il s’agissait d’une perruque. Quant-à sa voix… à son « Joyeux anniversaire Hélène » l’assistance entière s’était tue. Je me retrouvai donc le centre d’attention, sur le point de défaire le ruban.

Rose, le ruban. Un peu trop criard à mon goût. Avec un liseré doré. Assorti au papier rose lui aussi. J’eu comme un pressentiment… mais j’eu beau prendre le plus longtemps possible, je finis quand même par l’ouvrir.

Un tailleur. Rose. Rose criard. Avec des boutons dorés. Et chainette dorée elle aussi à la taille.

J’en restai muette d’horreur : de toutes les couleurs, le rose est celle que j’aime le moins, et qui me va le moins bien au teint. Quant aux boutons dorés…

Et puis, moi, en tailleur… moi mon uniforme c’est jean t-shirt. Je n’avais JA-Mais mis de tailleur de ma vie !

Les secondes passaient… il fallait pourtant que je dise quelque chose.

« Ça tombe bien, j’avais justement besoin de quelque chose pour sortir les poubelles »

Non, pas possible.

« Oh ! un déguisement de Tante Fernande ! »

Pas possible non plus.

Je sentais le regard de ma mère peser sur moi.

« Je me suis dit qu’il était grand temps que tu te féminise un peu. » Dixit Tante Fernande. « Ce n’est pas avec cet accoutrement d’adolescente que tu va trouver un mari ! » Celle-là, je l’attendais. « Et puis toutes les secrétaires qui se respectent s’habillent en tailleur. » Oui, mais je ne suis pas secrétaire…

Je n’eu même pas à répondre. Cette chère Tante Fernande s’était lancée dans sa diatribe habituelle sur « les jeunes de nos jours… les féministes qui s’habillent comme des sacs… les jeunes femmes qui croient pouvoir se passer d’un homme… » Elle n’avait même pas besoin qu’on lui donne la réplique. Mes cousines et moi nous relayâmes auprès d’elle pendant quelque temps, puis elle découvrit une bouteille de Whisky et on eu enfin la paix.

Le tailleur n’eu même jamais droit à un cintre dans mon armoire. Et bien entendu Tante Fernande ne sut jamais qu’il avait atterrit chez Emaüs. Il y a peu être quelque part une bienheureuse habillée en faux Chanel rose. Un rose un peu criard.